La réticence



Catalogue LRT, Dossier 01, Chemise 01, Page 00042

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I. 42 

disposé des coussins. Une des fenêtres de la chambre donnait sur le port,et, de l'autre, plus petite et légèrement en hauteur, je pouvais voirla route, une parcelle de route déserte qui bordait un enclos livré auxmauvaises herbes, où, à côté d'un figuier désséché qui ployait sous lepoids de ses branches mortes, un âne solitaire broutait du fenouil entredivers détritus, des vieilles planches, des pneus abandonnés, une barqueretournée qui pourrissait sur place.Les premiers temps que je passai à Sasuelo, j'occupaistoutesla plus grande partie demes journéesde longues promenades, tantôt le long des petites routes qui descendaientau village,faisant glisser la poussette de mon fils devant moi surdleschemins de terre, et tantôt sur la plage, chaudement couvert, avec magabardine et mon écharpe. Le bruit des vagues et du ventnous accompagnaitsemblait se confondrese mêlait dans mon esprit,et je poussais lentement lavoiture d'enfantpoussettede mon filssur l'immense plage déserte.Je m'arrêtais parfois, je m'asseyais das le sable, et je lançais mollementun ou deux galets dans la mer. Mon fils me regardait fairefixement, soli-dement maintenu dans sa poussette par une petite ceinture. Parfois, il seprojetait brusquement en avantet tendait avidement les bras en directiondu solpour tâcher de s'emparer de quelque chosepar terre, et je luitendaisdonnaisàmesureles divers petitstouslesobjets qu'il convoitait, desfilaments d'algues séchées,des morceaux de bois morts sculptés par la marée,qui avaient pris laforme de talismans bizarres,sybillins et fourchussybillins et fourchus, des galets, des brin-dilles, une sandale en plastique, aussi, bien grosse ettransparentepas très nettetransparente, àlaquelle il semblait tenir tout particulièrement.

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