La réticence



Catalogue LRT, Dossier 01, Chemise 01, Page 00033

00033

enclos livré aux mauvaises herbes, où, à côté d'un figuier désséché qui
ployait sous le poids de ses branches mortes, un âne solitaire broutait
du fenouil entre divers détritus, des vieilles planches, des pneus
abandonnés, une barque retournée qui pourrissait sur place.Les premiers temps que je passai à Sasuelo, j'occupais mes journées
à de longues promenades, tantôt le long des routes étroites qui montaient
vers les hameaux voisins, et tantôt à la découverte de la plage sauvage
qui s'étendait derrière le village sur plusieurs kilomètres. Le bruit
des vagues et du vent se mêlaient dans mon esprit, et je progressais
lentement au bord de l'eau en poussant devant moi lavoiturepetite voiture
de mon fils. C'était une plage immense, abandonnée et déserte, que
balayaient continûment des vents tourbillonants. Je m'arrêtais parfois,
je m'asseyais dans le sable, et, tandis que tout autour de moi des
filaments d'algues sèches s'envolaient vers les dunes, je ramassais
distraitement un ou deux cailloux, que je lançais paresseusement dans
la mer. Mon fils me regardait faire, un biscuit à la main, solidement
maintenu dans sa poussette par une petite ceinture. Parfois, il se
penchait en avant pour essayer de s'emparer de quelque objet échoué sur
la plage, et je lui tendais à mesure tout ce qu'il semblait briguerait sur le sol, des
morceaux de bois morts rejetés par la marée qui avaient pris des formes
de talismans bizarres, des galets, des brindilles (une vieille sandale
en plastique, aussi, qu'il qu'il convoitait tout particulièrement) convoitée)

Contributions de