La réticence



Catalogue LRT, Dossier 01, Chemise 01, Page 00009

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I.9

que nous avions ficelée tant bien que mal sur la galerie de la voiture, une

vieille Diesel dont il n'avait pas coupé le moteur et qui continuait

de ronronner à l'arrêt sur la place, puis il m'avait indiqué la direction

du seul hôtel du village, qui se trouvait non loin de là, en bordure du port.

J'avais remis d'aplomb la poussette de mon fils et, laissant mes valises

à l'abondon à côté d'un banc, j'avais pris la direction de l'hôtel, mon

fils devant moi dans la poussette, qui ne se préoccupait de rien, absorbé

qu'il était dans la contemplation de son phoque en peluche, qu'il tounait

et retournait entre ses mains pour l'examiner à l'infini sous toutes les

coutures. L'entrée de l'hôtel présentait un petit perron fleuri, au haut

duquel s'ouvrait une double porte vitrée, et je pris la poussette à but

de bras pour gravir les quelques marches du perron. J'avais à peine poussé

la porte de l'hôtel que je me trouvai en présence d'un homme accroupi par

terre dans l'entrée, une serpillière à la main,sans se relever qui ne se releva pas tout

de suite et se retourna pour considérer a  avec méfiance la poussette que je

tenais à bout de bras devant lui. Ne sachant trop où la poser le sol

semblait propre et entretenu avec soin, je gardai la poussette dans les

mains et lui demandai s'il serait possible d'avoir une chambre pour la nuit,

et, avant qu'il n'eut le temps de répondre, mon fils lâcha le phoque, qui

alla rebondir sur sa tête avant de tomber par terre (je le savais, je le

savais).

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