La réticence



Catalogue LRT, Dossier 01, Chemise 01, Page 00001

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Ce matin, il y avait un chat mort dans le port, un chat noir qui flottait à la surface de l'eau, il était droit et raide,le poil noir et luisant collé au corpset il dérivait lentement le long d'une barque. Hors de sa gueulependait une tête de poisson déjà décomposée dont dépassait unfil de pêche cassé d'une longueur de deuxoutrois centimètres.Je restai quelques instants sur la jetée à regarder flotterle chat, imaginant que la tête du poisson était ce qui restaitd'un appât de ligne morte, le chat avait dû se pencher dansl'eau pour attraper le poisson, et, au moment de s'en saisir, l'hameçon accroché dans la gueule, il avait perdu l'équilibreet était tombé.|L'eau du port était très transparente à l'endroitoù je me trouvais, et de temps à autre passait sous mes yeuxun cortège silencieux de poissons, des labres ou des mulets,tandis que tout au fond, parmi les algues et les cailloux, desmyriades grouillantes d'alevins s'acharnaient sur le cadavreéventré d'une murène en décomposition. Avant de repartir, jem'attardai encore un instant sur la jetée à regarder le chat mort, qui continuait de dériver dans le port, dans un très lentmouvement de va et vient, tantôt vers la guache, tantôt versla droite, suivant le flux et le reflux imperceptible du courantà la surface de l'eau.

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